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Jacqueline de Romilly

Le Styx ou le CHRIST

 

 

 

La Traversée du Styx, par Gustave Doré (1861)

 

"Le Christ en Croix", de Sebastian Lopez de Arteaga

Jacqueline de Romilly, éminente helléniste, qui a si bien divulgué son savoir et que l’Académie avait su distinguer en lui offrant le fauteuil de Marguerite Yourcenar, nous a quitté à l’âge de 97 ans. Elle s’était définitivement convertie au christianisme en 2008 (on pense à la conversion très tardive et tout aussi sincère de Ernst Junger).

Marguerite Yourcenar

Grâce à Emmanuel Delhoumme, j’ai découvert les circonstances de cette adhésion tardive. Jacqueline de Romilly, née Jacqueline David, avait été baptisée en 1940 dans des circonstances que l’on peut deviner. Et… elle en était resté là. C’est le Père Mansour Labacky, rencontré par hasard lors d’une vente de livres, qui lui a permis d’aller plus loin. Voici l’entretien qu’ils eurent au dégotté – et ses suites : 

« Madame, je vais vous poser une question embarrassante : où en êtes vous de votre foi ? Excusez-moi pour cette question. Je sais qu’un prêtre français n’agirait pas de la sorte, mais je suis Libanais. Elle m’a répondu : « Mon Père, je suis au seuil – N’y a-t-il pas moyen de franchir ce seuil ? – Cela va être difficile. Je me suis fait baptiser en 1940… Et puis c’est tout. Plus tard, elle m’a téléphoné pour me dire : « Père, pouvez-vous passer chez moi ? Je voudrais que vous me parliez un peu du christianisme ». Nos échanges étaient très libres et pleins d’humour. Elle s’est confessée. Le jour de sa première communion, son regard était celui d’une enfant de dix ans.
Elle m’a appelé plus tard pour me dire : « Père, vous êtes chargé de mon âme maintenant. Or vous savez que je ne suis pas confirmée ». Nous avons poursuivi ce cheminement ensemble. Il m’est arrivé à plusieurs reprises de lui donner la communion. Après sa confirmation, elle disait volontiers : « Je suis maronite maintenant ».

Le Père Labaky est un merveilleux conteur. Mais ce qu’il nous conte, c’est la réalité nue : l’histoire d’une âme. La conversion de l’académicienne ? Ce n’était pas une question de raisons ou de raisonnement. Simplement une question de temps. La grâce, cette impulsion mystérieuse qui nous fait remonter jusqu’à Dieu et à son éternité, est un mouvement profondément temporel. Saint Paul parlait à ce propos du Kairos : c’est maintenant le temps favorable ! C’est maintenant le jour du salut. J’ai rencontré tout à l’heure un jeune homme se demandant s’il ne devait pas recevoir le baptême et je lui ai fait la même réflexion, avec une image un peu plus martiale : « Vous avez une fenêtre de tir, il faut en profiter ». C’est maintenant ! Dieu ne repasse pas forcément les plats quand il se voit dédaigné. Mais il faut aussi savoir attendre ce « maintenant ». Jacqueline de Romilly l’a attendu quatre-vingt quinze ans. Ernt Jünger

Ernst Jünger

un peu plus. Mais pour d’autre le « Maintenant » intervient plus tôt, à 25 ans ou à 50 ans, et parfois par surprise. « C’est à une heure où vous n’y pensez pas que le Fils de l’homme viendra » : il ne faut pas manquer ce rendez-vous avec la grâce de Dieu qui ne se représentera pas forcément de sitôt.

Jacqueline de Romilly, avec sa merveilleuse culture grecque, aurait pu descendre devant le Styx, ce fleuve infernal où le passeur Charron fait payer trop cher le passage. Mais elle a rencontré le Christ, cet homme nommé « Salut » (« Jésus »). Et cette rencontre, à entendre le Père Labaky, lorsqu’elle a eu lieu pour la première fois dans l’eucharistie, a fait rajeunir son regard de… 85 ans.
On l’imagine dans l’aujourd’hui de cette rencontre avec le Christ, perçant le Ciel de Dieu de ses yeux très bleus dans la même éternelle première fois.

De bon  matin, la femme catholique a lu cet article de  l’abbé Guillaume de Tanoüarn sur son site METABLOG
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