Archives mensuelles : novembre 2010

Un professeur suspendu pour avoir projeté une vidéo anti-avortement

 

"Ce qui s'est passé est inacceptable"

 

Un professeur d’un lycée de Manosque s’est attiré la foudre de ses élèves et de leurs parents après avoir montré en classe de seconde une vidéo anti-avortement particulièrement éprouvante. Luc Chatel a demandé et obtenu mercredi la suspension de l’enseignant, qui n’en était pas à son coup d’essai.

« Attention, ce film peut choquer ». Cet avertissement figure en introduction d’une vidéo disponible sur Internet et destinée à critiquer l’interruption volontaire de grossesse (IVG). Ce documentaire, qui compile des images -dont les dates et les origines ne sont pas précisées- à la limite du supportable: du sang, des foetus démembrés, des mains coupées, des têtes désolidarisées du reste du corps… Intitulé No need to argue (« pas besoin de discuter »), il est censé convaincre de la barbarie de l’avortement. Il a surtout choqué une classe de seconde d’un lycée public de Manosque (Alpes-de-Haute-Provence). C’est leur professeur d’histoire-géographie qui a profité d’un cours d’éducation civique, devant évoquer la citoyenneté dans le cadre de la civilité, de l’intégration, du travail et de la transformation des liens familiaux, pour leur montrer ces images.

L’affaire remonte à la mi-octobre, mais le quotidien La Provence s’en fait l’écho dans son édition de mercredi, après que les faits aient été largement discutés en dehors du lycée. Car les élèves n’en reviennent toujours pas: « C’était écoeurant », raconte ainsi une jeune fille au journal local, se rappelant que l’une de ses camarades est sortie de salle car elle avait envie de vomir . D’autres comparent leur ressentiment à ce qu’ils ont éprouvé en regardant le film d’horreur Saw. Mais surtout, les adolescents sont choqués par la suite de la projection: le débat n’a pas pris, face à un professeur qui n’avait pas envie de réellement discuter. Il coupait les élèves et aurait conseiller de ne pas utiliser de contraceptifs, selon des témoignages recueillis par TF1 News.

« Ce qui s’est passé est inacceptable« 

La réaction des parents n’a pas tardé. Certains refusent que leurs enfants retournent en cours avec le professeur et un courrier a été envoyé au recteur d’Académie « pour mettre fin au plus tôt à cette situation, et pour rétablir les conditions d’un enseignement public de qualité, véritablement laïc, et respectueux des enfants », rapporte La Provence. Le quotidien régional indique que l’enseignant n’en était pas à son coup d’essai. Il aurait distribué des tracts anti-IVG à des élèves de première, aurait déjà diffusé la vidéo l’an dernier et ferait du prosélytisme catholique auprès de ses collègues.

« Ce qui s’est passé est inacceptable« , a réagi le ministre de l’Education Luc Chatel au micro de RTL mercredi midi. « L’enseignant doit veiller à ne jamais heurter la sensibilité et les convictions des jeunes. Or la projection du film, manifestement insoutenable, a profondément choqué les élèves« , a-t-il poursuivi, précisant avoir demandé et obtenu la suspension de l’enseignant. « On ne peut pas laisser passer de telles pratiques« , a conclu le ministre. Une procédure devrait en outre être engagée à l’encontre du professeur.

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Mesdames, Mesdemoiselles! Soyons de saintes pestes!

N’ayons pas peur!  A l’instar des sœurs de Port Royal, soyons indestructibles, hardies, et ambitieuses…

Mère Angélique Arnauld

Je suis au bord de la Mer et dans Port Royal jusqu’au cou, préparant mon prochain petit ouvrage : la foi en quête d’un point fixe. Et à quatre siècles de distance, on est repris par ces passions extrêmes, ces femmes héroïques, qui ont voulu faire comme si la vie n’était à vivre que dans la simplicité absolue de Dieu. Quitte à décider de laisser le monde à ses combines, à ses approximations de langage (ah ! le formulaire…), à ses vols cachés sous toutes sortes de noms techniques ou vertueux, à ses mensonges donc.

J’avais jusqu’ici un peu tendance à penser comme Hardouin de Péréfixe, l’archevêque de Paris qui a inventé ce cercle carré qu’il appelle la foi humaine que les religieuses de Port Royal étaient de saintes pestes : des héroïnes emmerdantes, emmerdeuses, emmerderesses… Et Montherlant ne m’a pas aidé avec son Port Royal guindé et très « péplum » finalement. J’aimais l’intuition de Saint-Cyran (l’un des hommes d’Église les plus intelligents que je connaisse), je recherchais le génie de Pascal, j’étais parfois subjugué par une formule bien nette de Nicole sur l’amour de soi… Mais les femmes…

Angélique de Saint Jean

 

Eh bien ! Cela fait deux ou trois jours que j’entends l’écho des formules de la Mère Angélique, de sa nièce Angélique de Saint Jean (même si celle-là est parfois un peu trop « décisive » comme disait Nicole) et que j’entends bruisser les robes des religieuses dans leurs longs corridors : je suis conquis.

Conquis par la déclaration d’ignorance « conformément à notre profession et à notre sexe » qu’elles exigèrent de pouvoir mettre en en-tête du fameux Formulaire, réduisant ainsi à rien leur propre signature au moment même où elles signaient. Les Arnauld n’étaient pas pour rien des juristes depuis trois générations. Ça déteint toujours ces choses là ! Et la manière dont elles ont envoyé paître leur archevêque, « fort bon homme pourtant, dit Racine, dans son Histoire de Port-Royal, mais plus homme de cour qu’homme de foi ». Dans leur silence, il devait y avoir ce mépris palpable, qui a exaspéré le Pontife. Il n’a pas ménagé Angélique : « Vous n’êtes qu’une pimbêche ». Et sortant de chez les BS, il répétait, n’en revenant pas : « Elles sont pures comme des anges mais orgueilleuses comme des démons »…

Le pauvre ! Venant tout juste d’arriver de l’évêché de Rodez, il n’était pas préparé à affronter la fine fleur des Parigottes. Ça a dû lui faire drôle. Pas un mot plus haut que l’autre. Une fermeté inoxydable, avec un sourire, une charité toujours en éveil : voilà comment je m’imagine les sœurs de Port Royal de Paris en 1664. « Mgr, voulez-vous ceci » « Êtes vous à l’aise? » et dès que lui se met à leur parler de ce pour quoi il est venu, sa trouvaille théologique sur « la foi humaine », qui, à son avis pouvait permettre de signer en sécurité tous les Formulaires du monde, de leur côté à elles, il dut y avoir un petit ton net, décidé : « Ce n’est pas possible ». Et en guise d’explication : « Vous le savez bien Monseigneur » Enfin, en guise d’au-revoir : « Nous prierons pour vous à l’Office, Mgr, et devant le Saint Sacrement exposé en permanence dans notre Couvent ».

Ces âmes formées par Saint Cyran étaient indestructibles. Pourquoi ? parce que le Directeur d’âmes tant vanté plus tard par Sainte-Beuve, avait une méthode bien à lui : celle du cœur. On peut dire que, sous les auspices de Saint-Cyran (je ne parle pas du moralisme de Quesnel, beaucoup plus tardif et que je n’aime pas), on peut dire que tout le christianisme se réduisait au cœur, à la hardiesse, à l’ambition spirituelle, au désir de Dieu. Aujourd’hui cette vigueur paraît facultative. Les confesseurs se focalisent sur le sexe et ils oublient la lâcheté. Mais la peur est l’une des grandes passions humaines, plus grande sans doute que la passion amoureuse, qui lui cède presque chaque fois. Il importe de contrôler la peur et ses mille manières de prendre le pouvoir dans nos cœurs, en légitimant toutes les saloperies. Les cathos crèvent d’avoir peur ! Jean Paul II avait bien raison de s’écrier, aussitôt au Balcon : ‘N’ayez pas peur’. Ce n’est pas l’orgueil qu’a vu Mgr de Péréfixe, c’est la discipline intense d’âmes féminines qui oublient d’avoir peur parce qu’elles ont ce que leur Directeur appelle « le cœur nouveau ».

N’imaginons pas un homme dur ! Saint-Cyran devait être infiniment attentif à chacune des vocations de chaque âme qui lui était confié : l’amour spécial de Dieu pour nous n’est-il pas la règle de notre amour pour lui ? Mais comme disait Mère Angélique de son Directeur : « On voulait toujours plus qu’il voulait » La direction de Saint-Cyran concentre l’amour dans chaque âme et le déchaîne. C’est cela qui a fait la résistance opiniâtre et simple des sœurs de Port Royal, sorte d’Antigones de Dieu, égarées aux Portes d’une modernité jouisseuse.

La femme catholique a lu cet article de l’abbé Guillaume de Tanoüarn sur le site METABLOG

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