Mgr Ségur et les femmes

LES DAMES

Que les dames veuillent bien s’occuper de leur intérieur, de leur famille et de leurs bonnes oeuvres, de leurs aimables et modestes travaux, et qu’elles ne fassent plus d’invasion dans le champ de la théologie ni du droit canonique.
Ce champ n’est pas plus fait pour elles que le champ de bataille. A moins d’être des Jeanne d’Arc, les dames ne se battent point. L’austère théologie, le rude et positif droit canonique ne leur convient pas plus que l’épée ou le mousquet. Rien de ridicule comme une femme-homme
: rien d’insupportable comme une femme théologienne. Quarante-neuf fois sur cinquante, elle parle de ce qu’elle ignore ; elle ne comprend pas le premier mot de ce qu’elle dit ; elle répète, comme une pie, ce qu’on lui a dit, et uniquement parce qu’on le lui a dit. Or, c’est encore ici l’expérience qui montre aux dames que les plus beaux parleurs ne sont pas toujours les plus sûrs docteurs. En matière de foi et de conscience, il faut tant se défier de l’engouement, de la passion et du parti pris !
Mgr de Cambrai, que j’ai souvent cité dans ce petit écrit, complimentait ses pieuses diocésaines de ne s’être pas laissé prendre, comme tant d’autres, aux piéges de ces discussions.
«Les conseils de Fénelon, écrivait-il de Rome, sont compris et observés dans nos familles les plus distinguées et les plus instruites. On ne trouve point parmi elles de ces femmes «qui se mêlent de décider sur la religion, quoiqu’elles n’en soient pas capables» ; – qui sont plus éblouies qu’éclairées parce «qu’elles savent, et qui se passionnent pour un parti contre un autre dans les disputes qui les surpassent». – Nos pieuses dames «sentent combien cette liberté est indécente et pernicieuse». Elles ne «raisonnent point sur la théologie, au grand péril de leur foi ; elles ne disputent point contre l’Eglise».
Leur vie sérieuse et toujours chrétiennement occupée se partage entre les devoirs de leur état et les oeuvres que la charité leur demande».
II est parfaitement permis aux femmes de s’occuper de religion et de doctrine ; elles le doivent même ; car, pour la femme comme pour l’homme, la religion est la grande affaire de la vie ; mais elles doivent s’en occuper en femmes, en chrétiennes douces et modestes, profondément soumises à l’Eglise, et obéissantes en cela comme en tout.


Du temps du jansénisme, c’est principalement au moyen des grandes dames que la secte s’est propagée ; les salons de Paris et, en Province, les grands châteaux abondaient en théologiennes, qui citaient des textes, commentaient saint Augustin, se moquaient du Pape et de Rome. Dans la querelle de l’infaillibilité, nous avons eu une reproduction de cette
campagne, et nous avons vu avec stupéfaction des centaines et des centaines de dames pieuses, discuter sur le Pape Honorius, sur les fausses décrétales, sur l’unanimité morale, etc., etc. ; nous les avons vues préférer un Evêque, un prêtre, un journal à l’autorité du Chef de
l’Eglise et d’un Concile oecuménique.
Evidemment les dames, même les plus grandes, même les meilleures, ne sont pas nées pour la philosophie ni pour la théologie.
Une bonne petite histoire à ce sujet.
Une dame, fort bien mise, se présente un jour au couvent des Pères Capucins de ***.
Elle demande le Père un tel, dont la réputation de bonté était arrivée jusqu’à elle.
– «Mon Père, lui dit-elle, il m’arrive une chose assez singulière. Figurez-vous que mon confesseur refuse de me donner l’absolution, uniquement parce que je ne veux pas croire à l’infaillibilité du Pape. Je ne peux pas y croire, c’est plus fort que moi».
Le Capucin, avec un air de bonhomie, répond aussitôt :
– «Comment ! votre confesseur vous refuse l’absolution pour cela ? Eh bien, moi, je vous la donnerai.
– Vous allez me la donner? Oh! mon Père, que vous me faites donc plaisir !
– Oui, je veux vous la donner sans aucune difficulté.
– Mais alors, pourquoi mon confesseur me la refuse-t-il ?
– Eh ! c’est qu’il vous prend pour une autre.
– Comment, pour une autre ? il me connaît depuis longtemps.
– Et moi, je vous dis qu’il vous prend pour une autre ; il vous prend pour une personne instruite.
– Pour une personne instruite ! Que voulez-vous dire par là ? Je ne suis pas une ignorante.
– Je ne dis pas cela ; mais vous ne savez pas ce que c’est que l’infaillibilité du Pape. Ces questions-là, voyez-vous, ne sont pas du domaine de tout le monde; et les trois quarts des dames qui font la controverse aujourd’hui sur le dos du Pape n’y entendent rien».
Et profitant de l’espèce de surprise qu’avait causée à cette dame une réponse si peu attendue, il lui expliqua doucement et très simplement l’état de la question. Pour la première fois, la bonne dame y vit clair.
– Comment ! dit-elle, ce n’est que cela, l’infaillibilité ? Mais alors j’y crois bien volontiers.
– Vous voyez bien, repartit finement le Capucin, que vous pouvez parfaitement recevoir l’absolution».
Les pauvres femmes surtout, qui n’ont pas grâce d’état sur le terrain de la théologie et du droit canonique, ont été séduites par les sophismes. Le grand art des tenants de l’opposition consistait, en effet, à embrouiller les questions les plus claires. C’est ce que disait le Saint-Père lui-même, il n’y a pas longtemps :
«Il importe avant tout de repousser les tentatives de ceux qui cherchent à fausser l’idée de l’infaillibilité. Quelques-uns voudraient m’entendre expliquer et éclaircir la définition conciliaire. Je ne le ferai pas. Elle est claire par elle-même, et n’a besoin ni de commentaire ni d’explications. Il suffit de lire le décret avec un esprit sincère ; son vrai sens se présente
facilement et tout naturellement»
(Mgr de Ségur, Réponse à la députation de l’Académie de la Religion catholique de Rome, juillet 1871).
La femme catholique a trouvé cet enseignement de Mgr de Ségur sur Tradition catholique
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