Qu’est ce que la modestie ?


Modestia vestra nota sit omnibus hominibus.

« Le fruit du Saint-Esprit est la charité, la joie, la paix, la patience, la bénignité, la bonté, la longanimité, la douceur, la foi, la modestie, la continence, la chasteté. »

Ces douze fruits énumérés par saint Paul (Gal. V, 22) sont en même temps des fruits et des manifestations de la présence du Saint-Esprit dans une âme, et des conditions pour qu’’il puisse y demeurer.

Parmi ces fruits, la modestie figure en bonne place. Elle s’’apparente à la vertu de tempérance, à laquelle elle est une disposition et dont elle est un prolongement ; son rôle propre est de régler certaines passions sensibles et de modérer leurs manifestations extérieures. L’’office de la modestie est donc irremplaçable ; il est de se tenir à la périphérie de la vertu de tempérance pour achever son œoeuvre, et pour édifier autour d’elle un rempart nécessaire à la sauvegarde de la tempérance elle-même et de nombreuses autres vertus.

Le langage courant a retenu trois aspects de la modestie :


– Un aspect relatif à la vertu de chasteté – modestie de la tenue et du vêtement, du regard et du langage ;

– Un aspect relatif à la vertu d’ ’humilité – modestie des paroles (dans leur objet, dans le ton du discours, dans la facilité à prendre la parole et à parler de soi-même) et des attitudes, modestie dans les ambitions humaines et dans les projets terrestres ;

– Un aspect relatif à la vertu de pauvreté – modestie dans le train de vie, dans la jouissance des biens matériels et dans l’’ aspect extérieur.

Dans ces trois aspects, on retrouve aisément les vertus qui s’opposent directement aux trois concupiscences dont parle saint Jean, ces trois blessures par où la corruption menace sans cesse de pénétrer dans l’’âme et de s’’y installer :

« Parce que tout ce qui est dans le monde est convoitise de la chair, convoitise des yeux, orgueil de la vie » [I Jo. II, 16].

La modestie est donc un rempart, elle est le rempart nécessaire contre le mal dans lequel baigne le monde, dit encore saint Jean

« Mundus totus in maligno positus est » [I Jo. v, 19].

Il ne peut y avoir de vertu solide, il ne peut y avoir de vie chrétienne stable sans cette modestie : ôtez-la, nos trois concupiscences deviennent immédiatement des plaies à vif sans aucune protection, par lesquelles l’’âme est vulnérable au point qu’’elle tombera comme nécessairement.

C’est ce triple rempart que Notre-Seigneur a opposé au démon qui le tentait dans le désert après son jeûne de quarante jours, nous montrant ainsi que la modestie vient à bout de toutes les tentations, préserve de tout péril et rend invincible.

On oublie facilement que, d’’après les anciens (saint Thomas d’’Aquin se réfère à Cicéron en la matière), la modestie a un autre rôle, relatif à la vertu de studiosité. L’objet de cette vertu est de régler l’’appétit de connaissance de l’’homme, de régler l’’étude pour la modérer ou la stimuler, surtout pour l’’appliquer droitement. La curiosité fait que nous nous intéressons à mille choses inutiles (quand elles ne sont pas mauvaises ou ne mettent pas en notre cœoeur une ambition déraisonnable), et que dans le même temps nous délaissons l’’étude du savoir relatif à notre devoir d’état – qu’il s’’agisse du devoir d’’état de baptisé et de confirmé, de celui de père ou de mère, d’’époux ou d’’épouse, de celui de prêtre ou de consacré à Dieu, ou encore du devoir d’’état professionnel. En ce sens, la modestie est bien méconnue, car nous sommes un curieux mélange de paresse intellectuelle profonde et de curiosité insatiable.

La modestie est la vertu des étrangers. Lorsqu’’on n’’est pas chez soi, plus encore lorsqu’on est à l’étranger, on est naturellement porté à la discrétion, à l’’effacement. On a perdu l’’aisance, l’’insolence, l’’outrecuidance de celui qui est chez lui et qui parle et agit en maître.

Nous ne sommes pas chez nous sur la terre. Saint Paul nous avertit de nous y conduire comme des étrangers, parce que nous n’’avons pas de demeure permanente ici-bas : notre patrie est le ciel, la vraie vie est celle de l’’éternité ; nous ne faisons que passer sur cette terre de misère. Sainte Thérèse d’’Avila disait que la vie sur la terre est une mauvaise nuit dans une mauvaise auberge.


La modestie est donc la vertu, ou plutôt la disposition à la vertu, qu’’ il nous convient de cultiver pendant notre vie terrestre : elle correspond parfaitement à notre situation.

Toute notre vie est un Avent : nous espérons voir un jour Jésus-Christ et aller le retrouver dans le Ciel. En attendant, nous vivons modestement pour ne pas nous installer sur terre et oublier notre Sauveur.

Abbé Hervé Belmont

La femme catholique a trouvé cet article sur le site Quicumque


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