Eve

Fideli Fidelis

Jésus parle.

Femme, je vous dis, vous rangeriez Dieu même

O vous qui pourchassez jusqu’au fin fond des coins
La poussière et l’ordure et toute impureté,
Toute disconvennce et toute improbité,
Maîtresse des labeurs, des veilles et des soin,

Vous qui prenez ce bois pour allumer la lampe
Et l mettre au milieu de la table servie,
Et
qui prenez ce lin pour essuyer la rampe,
Et
qui rangez les fleurs et qui ranger la vie.

O femme qui rangez les travaux et les jours,
Et les alternements et les vicissitudes,
Et les gouvernements et les sollicitudes,
Et la vieille charrue et les nouveaux labours,

O femme qui ranger les palais et les tours,
Et les retournements et les iniquités,
Et la jeune détresse et les antiquités,
Et la vieille tendresse et les nouveaux amours,

Femme, je vous dis, vous rangeriez Dieu même,
S’il descndait un jour dedans votre maison.
Vous rangeriez l’outrage et l’oublie du blaphème,
Si Dieu
vous visitait dedans cette prison.

Femme, je vous le dit, vous rangeriez Dieu même,
S’il venait à passer devat votre maison.
Vous rangeriez l’iffense, et le pouvoir suprême,
S’il venait à passer devant votre raison.

Que n’avez-vous rangé la colère divine.
Que n’avez-
vous lavé la grande iniquité.
Il était temps alors. Que n’avez-
vous quitté,
Quand il en était temps le creux de la ravine.

Femme, je vous le dis, vous rangeriez la foudre,
Si Dieu
vous l’envoyait dedans votre maison,
Vous rangeriez la grâce, et le pouvoir d’absoudre,
Si Dieu
vous visitait dedans cette prison.

Que n’avez-vous rangé le premier anathème,
Cette foi qu’il tomba sur votre solitude.
Que ne l’avez-
vous mis dedans votre système
De bon gouvernement et de mansuétude.

Femme vous rangeriez jusque l’eau du baptême,
Si jean redescendait vers un nouveau Jourdain.
Vous rangeriez l’hostie, et l’huile, et le saint-chrême
Si l’homme reveait dans le premier jardin.

Femme vous rangeriez dedans votre cuisine
Avec le pain du corps, le pain spirituel.
Que n’avez-
vous rangéjusque dans sa racine,
(Il était temps alors), l’arbre intellectuel.

Par Charles Péguy (1873-1914)


Quatorzième cahier de la quinzième série. (28 décembre 1913)

 

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